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Mallette de docteur : le jeu qui désamorce la peur
Rejouer une consultation, c'est reprendre la main sur un moment qu'on subit. C'est le seul jeu d'imitation qui sert directement le jour du rendez-vous.
La rédactionPublié le

Chez le médecin, l’enfant subit : on le déshabille, on le touche, on lui met un instrument froid sur la poitrine, et personne ne lui demande son avis. Avec une mallette, il fait exactement la même chose à quelqu’un d’autre, et cette inversion suffit à transformer un souvenir désagréable en scène maîtrisée.
C’est ce qui distingue ce jeu des autres jeux d’imitation. La dinette rejoue un moment ordinaire ; la mallette de docteur rejoue un moment où l’on a eu peur.
Pourquoi rejouer une peur la diminue
Trois mécanismes se combinent, et ils n’ont rien de mystérieux.
La répétition rend l’événement prévisible. Un enfant qui a ausculté vingt peluches sait ce qui va se passer, dans quel ordre, avec quel objet.
Le rôle change de camp. Ce n’est plus lui qu’on examine, c’est lui qui examine. La peur naît largement de l’absence de contrôle, et le jeu le lui rend.
Les mots arrivent. En jouant, l’enfant nomme les instruments, dit ce qu’il fait, prévient avant de toucher. Le vocabulaire réduit l’inconnu.
C’est le même ressort que la marionnette, qui permet de dire des choses par personne interposée, comme l’explique ce qu’elles débloquent chez un enfant qui parle peu.
Le moment où l’enfant inverse les rôles
Au début, vers deux ans, l’enfant manipule les objets sans scénario : il pose le stéthoscope, l’enlève, recommence.
Vers trois ans, il soigne quelqu’un, en général une peluche ou un adulte. Il annonce ce qu’il fait, invente un diagnostic, prescrit quelque chose.
Vers quatre ou cinq ans, il rejoue sa propre consultation, parfois mot pour mot, y compris les phrases de l’adulte. C’est souvent à ce moment qu’on découvre ce qui l’avait vraiment inquiété, et ce n’est presque jamais ce qu’on avait imaginé.
Écoutez sans corriger. Si la peluche a très mal, laissez-la avoir très mal.
Ce que doit contenir la mallette
Peu de choses, mais les bonnes. Ce qui compte est que l’enfant reconnaisse les instruments qu’il a réellement vus.
L’indispensable : un stéthoscope, l’objet central, celui qui identifie le rôle ; un thermomètre ; une seringue sans aiguille, souvent l’objet le plus important parce que c’est celui qui fait peur ; un otoscope ou une lampe pour regarder dans les oreilles.
L’utile en plus : des bandes ou pansements, qui permettent de soigner pour de vrai un genou de peluche ; et une boîte qui se ferme, parce que le rangement fait partie du rôle.
Le superflu : les mallettes de trente pièces avec des instruments que l’enfant n’a jamais vus. Il ne peut pas rejouer ce qu’il ne connaît pas.
Vérifiez, comme toujours, la mention d’âge sur les petites pièces, détaillée dans ce que veut dire le 3+ sur une boîte de jouet.
Comment jouer sans corriger
C’est là que les adultes gâchent le plus souvent le jeu.
Ne rectifiez pas le geste. Si l’enfant met le stéthoscope sur le pied, laissez-le. Le réalisme médical n’est pas l’objet.
Ne rassurez pas trop vite. Si la poupée doit faire une piqûre, laissez la piqûre exister. Dire « mais non, ça ne fait pas mal » ferme la conversation.
Jouez le patient docile. Laissez-vous examiner, répondez aux questions, ayez un peu peur si l’enfant l’attend. Il travaille précisément là-dessus.
Ne transformez pas en leçon. Le jeu n’a pas besoin d’être suivi d’une explication sur les microbes.
Avant un vrai rendez-vous
C’est l’usage le plus concret, et il fonctionne mieux que n’importe quelle explication.
Deux ou trois jours avant, sortez la mallette et jouez la consultation à venir : on entre, on dit bonjour, on s’assoit, on enlève le tee-shirt, le docteur écoute, regarde la gorge, et c’est fini. Laissez l’enfant tenir le rôle du médecin.
Le jour même, emportez un objet de la mallette. Un stéthoscope dans une poche donne à l’enfant quelque chose à faire de ses mains et un point commun avec la personne en face.
Et s’il y a un vaccin, dites-le avant, dans le jeu comme dans la vraie vie. Une surprise désagréable annulerait tout le travail fait.
Voir aussi ce qui convient entre trois et quatre ans et le reste de la famille jeux d’imitation.
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