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Poupon, poupée, mannequin : trois objets, trois âges
On les range au même rayon et ils ne servent pas du tout à la même chose. Se tromper d'objet, c'est offrir un jeu qui ne sera pas joué.
La rédactionPublié le

Trois objets se ressemblent et ne font pas le même travail. Le poupon est un bébé dont on s’occupe. La poupée est un personnage qui a une vie. Le mannequin est un support sur lequel on essaie des styles.
Ils correspondent à trois âges successifs, et à trois besoins qui ne se remplacent pas. Offrir un mannequin à un enfant de deux ans, c’est offrir un objet qu’il traitera comme un poupon et qui n’y est pas adapté.
Le poupon : un bébé dont on s’occupe
C’est le premier, vers un an et demi ou deux ans. Il a un corps de bébé, une tête proportionnellement grosse, et souvent pas de cheveux.
Ce que l’enfant en fait : il le porte, le couche, le nourrit, le console. Il rejoue ce qu’on lui fait à lui, comme il rejoue le repas avec la dinette, expliqué dans pourquoi imiter un repas occupe autant.
Ce qui compte dans le choix : un poids un peu lourd, qui donne l’impression de porter quelque chose de réel ; un corps souple qui se laisse coucher ; et surtout un objet qui se lave, parce qu’il ira partout.
Ce qui ne compte pas : les fonctions. Un poupon qui pleure, boit et parle décide à la place de l’enfant, et le jeu s’appauvrit. Les fonctions occupent trois jours, le poupon muet occupe trois ans.
La poupée : un personnage qui a une vie
Vers trois ou quatre ans, le besoin change. L’enfant ne veut plus seulement s’occuper d’un bébé : il veut un personnage avec qui jouer des histoires.
La poupée a alors un visage plus enfantin qu’un poupon, des cheveux qu’on peut coiffer, des vêtements qu’on change. Elle va à l’école, se dispute, part en voyage.
Ce qui compte : des articulations qui permettent de l’asseoir, des vêtements qui s’enlèvent facilement, et une taille qui permet de la transporter. Un modèle trop grand reste à la maison, comme la peluche géante décrite dans pourquoi elle finit toujours par terre.
C’est aussi à cet âge que l’enfant commence à en avoir une seule qui compte vraiment, exactement comme pour le doudou.
Le mannequin : un support de style
Vers six ou sept ans, un troisième objet apparaît, avec des proportions d’adulte, une garde-robe et des accessoires.
Ce que l’enfant en fait : il habille, coiffe, compose, collectionne. L’histoire compte moins que l’apparence, et le jeu se rapproche de la création. Beaucoup d’enfants passent d’ailleurs de là à la couture ou à la fabrication de vêtements.
Ce qui compte : la qualité des articulations, parce que poser une figurine est la moitié du plaisir ; et la disponibilité des vêtements, faute de quoi la garde-robe se limite à la tenue d’origine.
C’est le seul des trois pour lequel les accessoires justifient réellement leur prix, puisqu’ils sont l’objet même du jeu.
Ce qui se passe quand on se trompe d’âge
Le décalage se voit très vite.
Un mannequin donné à deux ans est traité comme un poupon : porté par la tête, couché, mordu. Ses articulations fines cassent, ses cheveux s’emmêlent définitivement.
Un poupon donné à sept ans est délaissé au bout de deux jours, parce qu’il ne permet aucune des choses qui intéressent à cet âge : ni scénario complexe, ni composition.
Une poupée à cheveux donnée trop tôt finit systématiquement coupée. Ce n’est pas de la bêtise, c’est que couper est une expérience intéressante à cet âge, et que les cheveux ne repoussent pas.
En cas de doute, le poupon est le choix le plus sûr : il est le plus tolérant aux âges, et il reste jouable longtemps.
Les accessoires qui servent vraiment
Beaucoup se vendent, peu se jouent. Trois catégories tiennent.
Ce qui transporte : porte-bébé, poussette, couffin. C’est ce qui permet d’emmener le personnage partout, donc ce qui prolonge le jeu.
Ce qui couche : lit, couverture, doudou miniature. Le coucher est la scène la plus rejouée de toutes.
Ce qui s’enlève et se remet : vêtements simples, chaussures larges. Habiller est un exercice à part entière, qui travaille la motricité fine autant qu’un jeu de perles.
Ce qui traîne, en revanche : les décors fixes en plastique, les biberons à mécanisme, et tout ce qui ne se combine avec rien d’autre.
Voir aussi ce qui convient entre trois et quatre ans et le reste de la famille poupées.
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